La blessure, c’est un peu l’épée de Damoclès au dessus de la tête des sportifs.
Une blessure quelle qu’elle soit, c’est forcément un accroc dans la carrière d'un sportif car ça implique une indisponibilité passagère et qui dit indisponibilité dit que le sportif va devoir laisser sa place à quelqu’un d’autre. Et potentiellement, ce quelqu’un d’autre peut s’avérer meilleur que lui et rester à sa place même après son rétablissement.
Je ne parle même pas des blessures graves qui nécessitent une mise au repos très longue, ce qui va flinguer la saison mais qui va nécessiter plus de travail pour retrouver son état de forme d’avant la blessure.
Une blessure c’est aussi laisser tomber son équipe,  une équipe qui se prépare ensemble, qui acquiert des automatismes, qui se connait.

Les joueurs ont beau se préparer physiquement pour éviter les blessures, il y a toujours des accidents, surtout en fin de saisons : les corps commencent à fatiguer.
L’accident c’est toujours bête : un joueur qui retombe mal à l’entrainement sur sa main, sur son épaule, une cheville ou un genou qui se bloque sur un plaquage, c’est très rarement dû à un adversaire qui est venu exprès pour blesser l’autre.

En fin de saison, la blessure prive souvent le joueur des matchs les plus attendus de la saison : les phases finales et les finales. Le joueur ne fait pas du rugby pour aller jouer dans le froid et la boue en janvier. Non, il joue dans le froid et dans la boue en janvier dans l’espoir d’aller en finale en juin.

Et quelques jours avant le match tant attendu, le corps lâche.

Le mental ne lâche jamais le joueur et c’est peut être ça le plus dur.
3 jours avant une finale, une mauvaise chute à l’entrainement, un poignet douloureux, mais un joueur qui se dit que ce n’est pas grave, que bien strappé ça va passer.
Le lendemain un poignet bleu et une main gonflée qui sont loin d’être de bons signes. Mais le mental toujours bien accroché, le joueur va voir un médecin dans l’espoir qu’avec des anti-inflammatoires et un bon strap il sera rétabli pour dimanche. L’espoir est faible, mais il y croit. Il est bien le seul d’ailleurs mais personne ne dit rien, personne ne veut être celui qui va annoncer au joueur que non cette finale là, il ne pourra pas la jouer.
Le médecin fait passer une radio et là il faut bien se rendre à l’évidence. Double arrachement osseux, pas de finale. Fin de la saison.

Pas de finale, pas de phases finales, pas de Coupe du Monde. Quelque soit le niveau du joueur, c’est bien la même chose : trahi par son corps et l’impossibilité de participer à un événement tant attendu.
Un train vient de passer sous le nez du joueur avec dedans ses coéquipiers et ses rêves de victoire.

Personne ne peut prédire s’il y aura une autre finale, d’autres phases finales, une autre Coupe du Monde.
On sait juste que cette finale là, ces phases finales là, cette coupe du monde là, ne seront pas pour eux lui.
Et on ne sait pas quoi dire, parce que dans le fond, il n’y a rien à dire.

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